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Le panache de l’incendie de Notre-Dame suivi à la trace

Les particules plombées issues du panache de l’incendie de Notre-Dame ont été identifiées à 16 km à l’ouest de Paris. Cette étude en collaboration avec l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a été publiée dans ACS Earth and Space Chemistry. Les chercheur-ses ont traqué et caractérisé la signature géochimique du panache, montrant que la contamination est supérieure aux niveaux de plomb actuel atmosphérique, mais est peu intense comparée à celle qui existait avant les années 90 en raison de l’utilisation de l’essence plombée.

L’incendie de Notre-Dame en avril 2019 a eu un retentissement médiatique international du fait de l’ampleur de la catastrophe, des dégâts et du courage des pompiers pour les limiter. Le CNRS s’est fortement impliqué dans l’étude de l’édifice à travers un programme de recherches interdisciplinaires : le chantier scientifique de Notre-Dame. Dans le cadre de ce programme et avec l’aide de l’IRSN, une équipe scientifique a identifié les particules plombées issues du panache de l’incendie de Notre-Dame sur le site de l’IRSN situé au Vésinet, à 16 km à l’ouest de Notre-Dame.

Pour piéger les aérosols, l’équipe a profité du réseau OPERA dédié à la surveillance des radionucléides dans l’air1. Le préleveur situé sur le campus IRSN du Vésinet possède la particularité de délivrer un filtre par jour (soit 12.000 m3 filtrés). Une modélisation atmosphérique a permis d’identifier différents sites qui auraient pu « voir » le panache dont Le Vésinet. La traque au Vésinet s’est avérée fructueuse et les chercheurs ont pu mettre en évidence une hausse de la concentration en plomb le jour de l’incendie de l’ordre de 1 µg/m3 c’est-à-dire 100 fois plus qu’habituellement. Si cette concentration est relativement importante par rapport aux concentrations normalement trouvées actuellement dans l’air en France, elle est similaire à celles rencontrées dans l’air des années 90 lorsque l’essence plombée était utilisée pour les véhicules. Une analyse au microscope électronique à balayage a confirmé la présence de particules d’oxyde de plomb de taille de l’ordre du micromètre, démontrant les hautes températures atteintes par l’incendie. Les autres filtres situés plus à l’ouest et au nord du territoire français ne montrent pas d’augmentation significative des concentrations en plomb.

Les chercheurs ont ensuite utilisé l’analyse isotopique de cet élément pour tracer son origine. La signature du plomb du panache de Notre-Dame est proche de celle des poussières fines récemment mesurées à l’intérieur de l’édifice. Cette signature, véritable empreinte digitale du plomb, est distincte des signatures des autres sources de plomb à Paris comme l’avait montré récemment une étude du CNRS et du CEA pour les poussières fines.

Ces travaux montrent l’intérêt d’une combinaison entre modélisation et études géochimiques et isotopiques des pollutions atmosphériques. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des mesures quotidiennes de suivi de qualité de l’air. Les auteurs suggèrent de densifier et augmenter la fréquence des collectes et mesures dans les grandes villes.

Exemple d’une particule chargée en plomb collectée par le réseau OPERA-IRSN sur le filtre du Vésinet du 15 avril au 16 Avril 2019. Crédit : Thierry Aigouy – GET)

Laboratoires impliqués

Laboratoire Ecologie Fonctionnelle et Environnement (LEFE/OMP – CNRS/Toulouse INP/Université Toulouse III – Paul Sabatier)

Laboratoire Géosciences Environnement Toulouse (GET/OMP – CNRS/CNES/IRD/Université Toulouse III – Paul Sabatier)

Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques (CRPG – CNRS/Université de Lorraine)

Laboratoire Travaux et Recherches Archéologiques sur les Cultures, les Espaces et les Sociétés (TRACES – CNRS/Université Jean-Jaurès Toulouse)

Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE – CNRS/CEA/UVSQ)

Laboratoire Archéologies et Sciences de l’Antiquité (ArScAn – CNRS/Université Paris 8)


Objectifs de développement durable

  • Objectif 11 : Villes et communautés durables
  • Objectif 15 : Vie terrestre

Cette étude permet de mieux comprendre l’impact des incendies urbains sur la qualité de l’air en particulier lors de feux touchant des bâtiments contenant du plomb et de préconiser des pistes pour mieux suivre la qualité de l’air.


Publication

Lead from Notre-Dame Fire Plume Caught 15 km from Paris, Gaël Le Roux, Olivier Masson, Christophe Cloquet, Marie-José Tavella, Magali Beguin-Leprieur, Olivier Saunier, David Baqué, Thierry Camboulive, Julien Berger, Thierry Aigouy, Françoise Maube, Sandrine Baron, Sophie Ayrault, and Maxime L’Héritier. ACS Earth and Space Chemistry. DOI: 10.1021/acsearthspacechem.2c00321


Contacts

Gaël Le Roux, Directeur de recherche CNRS au Laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement (LEFE/OMP – CNRS, Toulouse INP, UT3) – Mail : gael.le-roux@cnrs.fr

Franck Gilbert – Mail : franck.gilbert@univ-tlse3.fr


Notes

1 Le réseau Opera-Air (irsn.fr)


Source CNRS

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