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À Madagascar, la génétique éclaire les mystères du potamochère

Quand, comment, avec qui et depuis où le potamochère, le plus gros mammifère de la faune sauvage malgache, est-il arrivé sur la Grande île ? Ce porcidé est-il venu seul avant l’arrivée des humains ? A-t-il été introduit plus récemment par les Austronésiens ou par les Bantous – deux peuples à l’origine des habitants actuels de l’île ? Ces questions restaient sans réponses jusqu’à ce que des spécialistes de l’université de Copenhague, du Cirad, du CNRS, de l’IRD et leurs partenaires malgaches comparent méthodiquement le patrimoine génétique des potamochères locaux à celui de leurs congénères du continent africain.


Leurs travaux montrent que le porcidé de Madagascar est issu de population du sud de l’Afrique de l’Est et qu’il a divergé de ce groupe il y a 1 000 à 5 000 ans. Les potamochères insulaires ont dès lors connu une période de faible diversité génétique, signe qu’ils ont été importés en très petit nombre. La concomitance de ces événements avec l’arrivée dans l’île de populations austronésiennes – consommatrices de porcidés domestiques – conforte l’hypothèse qu’elles pourraient être à l’origine de cette introduction. Néanmoins l’incertitude de cette datation ne permet pas d’écarter l’hypothèse selon laquelle d’autres peuples sont responsables de l’introduction de Potamochoerus larvatus à Madagascar, laissant à de futures études le soin de résoudre ces derniers mystères.

Au-delà de l’aspect historique, ces travaux ont des enjeux en matière de sécurité alimentaire, en rapport avec la réalisation de l’ODD 2 (lutte contre la faim). Ils permettent en effet de mieux connaitre la dynamique des populations de cet animal qui est à la fois un gibier de choix – ressource protéique et économique – mais aussi un ravageur des cultures et une espèce invasive dont on connait bien peu les effets sur les écosystèmes uniques et méga diversifiés de Madagascar.


Publication

African bushpigs exhibit porous species boundaries and appeared in Madagascar concurrently with human arrival, Renzo F. Balboa, Laura D. Bertola, Anna Brüniche-Olsen, Malthe Sebro Rasmussen, Xiaodong Liu, Guillaume Besnard, Jordi Salmona, Cindy G. Santander, Shixu He, Dietmar Zinner, Miguel Pedrono, Vincent Muwanika, Charles Masembe, Mikkel Schubert, Josiah Kuja, Liam Quinn, Genís Garcia-Erill, Frederik Filip Stæger, Rianja Rakotoarivony, Margarida Henrique, Long Lin, Xi Wang, Michael P. Heaton, Timothy P. L. Smith, Kristian Hanghøj, Mikkel-Holger S. Sinding, Anagaw Atickem, Lounès Chikhi, Christian Roos, Philippe Gaubert, Hans R. Siegismund, Ida Moltke, Anders Albrechtsen & Rasmus Heller, Nature Communications, 3 janvier 2024.  DOI : 10.1038/s41467-023-44105-1


Contacts

Le Centre de Recherche sur la Biodiversité et l’Environnement (CRBE) résulte de la fusion entre le laboratoire Évolution et Diversité Biologie (EDB) et le Laboratoire Écologie Fonctionnelle et Environnement (LEFE)


Source IRD Le Mag

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