Villes, tsunamis et mangroves en Martinique

La Martinique appartient à l’arc volcanique actif des Petites Antilles, qui résulte de la subduction des plaques nord et sud-américaines sous la plaque Caraïbe. Séismes, glissements sous-marins ou éruptions volcaniques : de nombreux facteurs de tsunamis font de cette région une zone où la probabilité d’un tel événement est forte. On parle d’aléa tsunami. Parmi les caractéristiques des zones où l’aléa tsunami est élevé, outre la nature de ces différents facteurs, on considère la période de récurrence de ces événements (de quelques décennies à plusieurs siècles), le délai d’arrivée des vagues (de quelques minutes à plusieurs heures) et la nature de la zone côtière (protégée des tsunamis par des sites naturellement protecteurs comme le récif corallien et les mangroves ou au contraire fortement anthropisée). Ces aspects conditionnent fortement la réponse à apporter aux communautés pour anticiper la menace tsunami. En Martinique, la plupart des villes sont sur les côtes. Sont-elles particulièrement exposées à cet aléa ?

Connaître l’aléa tsunami nécessite d’intégrer plusieurs approches : Tout d’abord, il y a l’analyse des sources potentielles, que l’on renseigne par des observations géologiques, géophysiques, volcaniques, sismiques et hydrographiques. L’objectif est de construire des scénarios réalistes de génération de tsunamis. On recherche également les tsunamis passés : pour les plus récents, on peut se baser sur la période instrumentale ou sur les premiers rapports écrits, qui datent de l’arrivée des premiers européens ; pour les plus anciens, on peut remonter à des siècles, voire des millénaires, grâce aux traces laissées dans les sédiments. L’ensemble permet de mieux connaître les périodes de récurrence. Enfin, la modélisation numérique de propagation des vagues de tsunamis, depuis leur génération jusqu’aux côtes, permet d’obtenir à moindre coût la cartographie de l’aléa, allant d’une échelle régionale à locale.

L’intensité de chaque aléa naturel est contrainte par les variables physiques mises en jeu :  ici ce sont les courants induits, la hauteur des vagues et l’extension de la zone d’inondation. La notion de risque est une équation associant cette même intensité à la vulnérabilité des personnes et structures.

En Martinique, les études sur la variabilité spatiale de l’aléa révèlent que les zones inondables concernent principalement les zones de mangroves et quelques sites urbains ou occupés de la côte est tels que : La Trinité, Le Vauclin, Sainte-Marie et Le Robert. Les mangroves sont des formations végétales caractéristiques de certaines zones côtières tropicales et subtropicales. Elles s’avèrent former une barrière protectrice contre les vagues qu’elles atténuent efficacement. On a constaté leur rôle important là où les sites ont été préservés et restent inoccupés : Le risque tsunami y est très faible. A l’opposé, les sites urbains sont exposés à l’aléa tsunami. Les simulations numériques montrent par exemple que le site de La Trinité est aisément submersible : Le dénivelé entre niveau de la mer au repos et les quais est très faible ; Les sols sont artificiels et donc très peu dissipatifs de vagues ; pour certains scénarios de séismes majeurs, les vagues sont susceptibles d’atteindre un premier étage d’immeuble.

Autrices et auteur

  • Sirel Colón, chercheuse de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier à Géosciences Environnement Toulouse (GET) / OMP
  • Valérie Clouard, chercheuse de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier à Géosciences Environnement Toulouse (GET) / OMP
  • Mansour Ioualalen, chercheur de l’Université Côte d’Azur à Géoazur / OCA

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