La dynamique des lombrics relève de la théorie du chaos

Difficile de comprendre et de prévoir l’activité des vers de terre, un élément pourtant déterminant de la fertilité des sols : tantôt intense sur une parcelle et pas sur une autre qui partage des conditions comparables, puis à l’inverse calme ici et forte là, elle varie un peu inexplicablement dans l’espace et dans le temps… Il existe bien un lien entre l’humidité du sol et la dynamique des lombrics, puisque leurs turricules, qui témoignent de leur activité, sont toujours très chargés en eau et qu’en retour, les galeries forées par les lombrics facilitent l’infiltration de l’eau. Mais la production des turricules est très imprévisible et n’évolue pas du tout parallèlement au contenu en eau du sol. 
Les travaux d’une équipe franco-vietnamienne, menés sur le bassin tropical du Dong Cao au Nord Viêt Nam, montrent que le couplage entre activité des lombrics et humidité du sol est complexe et répond aux propriétés dynamiques de la théorie du chaos. Ainsi, une augmentation du contenu en eau n’entraine pas un accroissement immédiat de l’activité des vers, mais plutôt progressif par sensibilisation des lombrics aux nouvelles conditions. À l’inverse, une baisse du contenu en eau entraîne une diminution progressive de leur activité par habituation. Cette progressivité conduit à décorréler l’activité des vers – et la production de fertiles turricules – de la teneur en eau des sols. De ce fait, une variation infinitésimale dans les conditions et leur temporalité peut entrainer des divergences considérables et imprévisibles entre deux parcelles de sol apparemment comparables. Une donnée à prendre en compte pour la gestion durable des sols.


Au milieu d'herbe et de végétaux couvrant le sol, la déjection d'un lombric, faite de terre en boules agglomérées, mêlées de débris sec d'origine végétale.
© IRD – Pascal Jouquet Rejets en surface, de la terre ingérée dans les premiers mètres du sol par les lombrics, les turricules sont très fertiles, redistribuant et rendant utilisables par les plantes des nutriments digérés.

Percer le rôle des vers de terre comme ingénieurs du sol.

Les recherches sur le terrain, ici au Viêt Nam, et le travail en laboratoire mobilisent les scientifiques de l’IRD et leurs partenaires.

Une vidéo de Jean-Michel Boré – IRD.

CONTACT

Sylvain Mangiarotti, CESBIO (IRD/Cnes/CNRS/Inrae/Université Toulouse III Paul-Sabatier)

Source IRD Le Mag

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