AirGeo : Des écorces pour co-construire la connaissance sur la pollution de l’air

Identifier de nouveaux dispositifs favorisant une meilleure qualité de l’air. C’est le défi que lance le consortium international de scientifiques, artistes, acteurs locaux et citoyen.nes dans le projet AirGeo, porté par le CNRS et le Belmont Forum. Dans le cadre des questionnements sanitaires et écologiques menés dans 5 pays sur 3 continents, autour de la pollution de l’air, ce projet cherche à mettre en place un dispositif allant des sciences participatives aux outils d’analyse. S’appuyant sur des travaux de recherche menés à Toulouse, le projet débutera au Sénégal le 18 janvier 2022.

L’exposition à une mauvaise qualité de l’air entraîne chaque année 4,2 millions de décès prématurés dans le monde selon l’OMS. Le constat est qu’évaluer et dénoncer ne suffisent pas. Réinventer nos façons de faire de la science pourrait-il permettre de co-construire des nouveaux chemins vers un monde plus durable ?

L’objectif d’AirGeo est de produire une synthèse des émissions liées aux différentes activités minières, de recyclage des métaux lourds et de trafic dans divers contextes en créant un réseau d’acteurs académiques et non académiques transdisciplinaires, allant de la géologie aux sciences sociales.

L’air, la terre et des écorces 

Le projet de recherche fait le pari d’initier de nouvelles pratiques mêlant des scientifiques d’horizons divers, des sciences de l’environnement et sciences humaines, des artistes et des acteurs locaux. AirGeo propose des dispositifs de sciences participatives, reliant chercheurs, habitants, acteurs locaux et artistes lors d’ateliers permettant de « faire ensemble » et de développer ainsi des approches à la fois sensibles et réflexives. Le projet AirGeo s’applique ainsi à faire sortir les études scientifiques des ‘laboratoires’.

Les écorces d’arbres sont utilisées comme bases de capteurs passifs à faible impact environnemental pour l’évaluation de la qualité de l’air. Ce type de dispositif original a été testé par l’équipe du CNRS dans la ville de Toulouse en 2019. Plus de 150 foyers avaient ainsi participé au projet participatif NanoEnvi1 .  

Science citoyenne en action 

Pour initier ce projet, une résidence réunissant les différents acteurs du projet sera organisée à Sébikotane au Sénégal, pour élaborer des capteurs passifs à partir d’écorces et les déployer dans quatre quartiers de la ville. Du 18 au 28 janvier 2022, 200 capteurs passifs seront ainsi déployés. Ce déploiement sera accompagné d’enquêtes sur les perceptions et les comportements en lien avec la qualité de l’air dans le territoire. Des ateliers scientifiques, artistiques et collaboratifs ainsi que des représentations de théâtre forum menées par Mamadou Diol, en lien avec les six compagnies de théâtre de Sébikotane, accompagneront ce déploiement.

Sébikotane est une ville d’environ 30.000 habitants à 60 km de Dakar, dépourvue de stations de surveillance de la qualité de l’air. Les habitants et habitantes sont potentiellement exposé.es aux particules émises par les industries de recyclage de métaux, le trafic routier, les activités domestiques et le brûlis de déchets ou encore celles apportées du désert par le vent.

Dans ce projet, les makers du Fablab Kër Thiossane (Dakar, Sénégal), des artistes et designers se joignent aux scientifiques en (géo)physique et en sciences humaines et sociales pour développer les capteurs passifs et les disséminer dans l’environnement avec la participation des habitant.es. Ces collaborations permettent d’installer un grand nombre de capteurs passifs intégrant le dépôt de particules sur 6 mois. Les scientifiques réaliseront ensuite, en laboratoire, des mesures de propriétés magnétiques et géochimiques pour tracer les particules.

Prendre la mesure de la qualité de l’air

A l’issue de l’expérimentation, qui est une première au Sénégal, une restitution des résultats aura lieu auprès des habitant·es et des collectivités locales. Les résultats obtenus donneront lieu à des publications scientifiques ouvertes et la production artistique sera valorisée au travers des expositions et de la publication d’un ouvrage.

Le projet AirGeo est financé par l’agence internationale Belmont Forum réunissant des instances de financement de la recherche de 90 pays. Initié en 2021, ce projet porté par la France (CNRS) regroupe des chercheur.es de sciences physiques et de sciences humaines et sociales et des partenaires non-académiques de 6 pays via leur agence de financement (ANR pour la France, FAPESP pour le Brésil, Future Earth pour le Sénégal, l’Algérie et la Côte d’Ivoire, REGIG pour le Ghana).

© Frédéric Malenfer
Le projet AirGeo rassemble une équipe de chercheurs, de designers et de makers reliés par un programme international de biosurveillance scientifique et citoyenne de la qualité de l’air dans des zones urbaines, industrielles et minières en France, au Brésil, au Sénégal, au Ghana et en Côte d’Ivoire.

Pour aller plus loin

Source actualité : CNRS Occitanie Ouest

Contacts

  • Mélina Macouin Chercheuse CNRS au laboratoire Géosciences environnement Toulouse (GET/OMP – CNRS, Université Toulouse III – Paul Sabatier, CNES, IRD) melina.macouin@get.omp.eu
  • Yann-Philippe Tastevin Chercheur CNRS au laboratoire Environnement, Santé, Sociétés de Dakar au Sénégal (ESS – CNRS, CNRST, Université Gaston Berger de Saint Louis, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Université des Sciences, des techniques et des technologies de Bamako) yann.tastevin@cnrs.fr
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